Parcours très approximatif prévu

dimanche 11 septembre 2011

-- THE END --




Eh voilà, les meilleures choses ayant une fin, ma grande vadrouille arrive cette fois-ci à son terme. Avouons le, j'ai un peu le blues... celui qu'on éprouve une fois qu'un rêve a été réalisé. Pour moi, il n'y aura plus jamais de découverte ni de "Moraine Lake", ni de la route 101 qui longe le Pacifique au nord de l'Oregon, ni des forêts moussues du Washington. Ah les forêts, je crois qu'elles vont me hanter encore longtemps. Y a-t-il sur cette planète un autre endroit que l'Amérique du Nord pour offrir tant de diversité et de paysages époustouflants ? Personnellement j'en doute. Deux pays : le Canada et les USA. Six états/provinces : la Colombie Britannique, l'Alberta, le Montana, l'Idaho, l'Oregon et le Washington. Six pars nationaux : Pacific Rim, Jasper, Banff, Glacier, Crater Lake, Olympic. Enfin, 8000 km de highway et de freeway avalés et 6 Go de photos engrangées ... Voilà pour le bilan quantitatif... Est-ce bien raisonnable ? Probablement que non, surtout sur le plan écologique, mais absolument inoubliable ! Alors, promis, l'année prochaine je fais du camping à Fontainebleau pour compenser mon bilan carbone 2011...

Quel est finalement le point commun entre toutes ces contrées traversées ? A l'origine, il y a eu une furieuse envie d'Amérique et de grands espaces. Ça m'a pris comme ça, par surprise, un soir de décembre 2010, carrefour de l'Odéon à Paris, après avoir vu ce western flamboyant qu'est River of no Return, avec Robert Mitchum et Marylin Monroe. Durant des jours, les paysages du film m'ont littéralement hanté l'esprit. Il faut absolument que je vois ça en vrai me suis-je dis. Ni une, ni deux, une fois les lieux de tournage du film identifiés, Banff NP et Jasper NP, le voyage était pour ainsi dire ficelé. Restait à inventer une boucle à travers tous le nord-ouest et voilà l'origine de l'expédition !

Mis à part ces considérations cinématographiques, l'autre point commun à toutes ces régions parcourues c'est bien évidement la nature, grandiose, sauvage, poignante, vierge et d'une beauté à tomber parterre. Exaspération aussi, je l'ai déjà dit, de ne pouvoir restituer fidèlement les ambiances par la photo. Ce matin, avant de quitter Seattle, j'ai fait un saut au SAM (Seattle Art Museum) qui présente jusqu'à demain l'expo Beauty and Bounty / American Art in an Age of Exploration . Des peintres américains de la fin du 19eme siècle ont tenté, chacun à leur façon, de reproduire leur émotion à la découverte de ces contrées encore largement terra incognita à l'époque, du moins pour l'homme blanc. Voilà donc une expo qui arrive à point nommé ! Evidement, le tallent de ces artistes n'a rien à voir avec mes tentatives gauches de photographe du dimanche. Leur style relève d'un mélange de réalisme, quasi-photographique pour certains et de romantisme un peu kitsch. Rien à voir avec les ellipses et les subtiles suggestions des impressionnistes européens, leurs contemporains. Ici, on est en Amérique, on ne fait pas de chichis, on peint ce qu'on voit, avec précision et même avec une certaine emphase, pour que tout le monde comprenne bien. N'empêche, secrètement, j'ai été presque soulagé de constater qu'en dépit de leur talent et de leurs efforts, eux non plus n'étaient pas vraiment parvenu à rendre justice à la vraie lumière et à la vraie profondeur des paysages de l'Ouest. Une peinture du Grand Canyon m'a presque fait sourire, tellement c'est peine perdue : on ne peut pas peindre le Grand Canyon ou Yellowstone comme on peut peindre Montmartre ou la Côte d'Azur, aucune toile ne sera jamais assez grande.

Je crois que j'ai utilisé, à propos des parcs nationaux, les termes de sanctuaire ou de cathédrale, dans l'un ou l'autre de mes posts précédents. Peut-être que ces termes sont connotés de références spirituelles qui n'ont pas vraiment ici sa place. Encore qu'ils correspondent bien à l'émotion que, j'imagine, beaucoup de gens éprouvent en découvrant la majesté de ces contrées. Un autre terme me vient à l'esprit, plus sec, mais peut-être aussi plus juste, celui d'étalon. Oui, ces parcelles de nature intacte que l'on appelle parc nationaux, sont en vérité des étalons qui permettent de mesurer objectivement la distance croissante qui sépare notre environnement quotidien, toujours plus dégradé, d'un environnement naturel originel et intact. Peut-être qu'une partie de l'émotion ressentie et du sentiment de nostalgie vient justement de notre perception, plus ou moins inconsciente, de cette distance. A ce titre, les américains ont un comportement assez paradoxal. Ils sont exemplaires dans la gestion et la protection de ces parcs mais n'en tirent rigoureusement aucune conséquence concrète dans leur mode de vie, qui reste un hymne au matérialisme, à la consommation et surtout à la bagnole. L'Amérique parviendra-t-elle un jour à se désintoxiquer du pétrole et plus généralement de sa gloutonnerie tout azimuts ? Pour l'instant, c'est difficile à imaginer. Contrairement à la majorité des civilisations passées, l'Amérique ne s'est guère souciée d'inventer un urbanisme en harmonie avec le territoire qu'elle occupe. Ancrée profondément dans l'inconscient collectif américain, il y a sans doute l'idée que le territoire est avant tout un lieu à conquérir plutôt qu'un lieu à préserver ou à aménager avec harmonie. Cette absence d'un sens de l'harmonie, même élémentaire, est d'ailleurs une des choses qui me frappe et m'exaspère à la longue à chaque fois que je viens aux Etats-Unis. Que ce soit les mamis qui se baladent en pyjamas mauve fluo dans la foret pluviale ou les agglomérations conçues comme de simples extensions d'une station service et d'un parking...

Alors finalement, en dépit de mon petit cafard de fin de voyage, l'idée de retrouver le vieux contient, la France, Paris, c-à-d un monde dense, harmonieux, construit lentement au fil des siècles, ne me déplait pas complètement. Après avoir sillonné les grands espaces de l'Ouest américain, on apprécie mieux les petites balades d'automne en Sologne ou les weekends gastronomiques en Bourgogne ou simplement les rues de Paris. C'est ça aussi l'intérêt du voyage : pouvoir rentrer avec un regard un peu neuf, pour un temps.


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Location:Vancouver, BC

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